Le président de l’Association Biocamer parle du rôle décisif que doivent jouer les professionnels des médias invités à changer de narratif pour apporter leur contribution à la résolution de cette crise des déchets au Cameroun.
Pourquoi un séminaire sur la crise des déchets ménagers au Cameroun?
C’est une question qui ne se pose plus. On voudrait bien fermer l’œil, mais les déchets s’imposent à nous. Les déchets ménagers se retrouvent déjà dans nos chambres, dans nos salons. On les rencontre devant nos lieux de culte, devant les écoles de nos enfants, dans les lieux de commerce/ les supermarchés, devant les centres de santé, devant les bâtiments publics administratifs. Donc cette question s’impose à nous. Que nous voulions ou pas, nous sommes obligés d’y prêter attention et de chercher des solutions pour en sortir. Parce qu’aujourd’hui, nous sommes complètement envahis. Celui qui n’est pas gêné par ces ordures vit forcément sur une autre planète. Voilà pourquoi il était plus qu’urgent d’organiser ce séminaire sur la crise des déchets ménagers pour tenter à travers les discussions de trouver des pistes de solutions.
Il y a des villes qui n’étaient pas sous le coup de l’insalubrité, des villes comme celles du sud-ouest, Limbé ou Buea par exemple. C’était des villes vraiment très propres et reconnues pour cela. Aujourd’hui, elles croulent sous le poids des déchets ménagers qui envahissent chaussées et maisons et donnent à ces cités un autre visage qu’il faudrait améliorer. C’est le but de ce séminaire qui a été organisé le 25 juin 2026 à Yaoundé où IHS Cameroon, avec l’appui technique de l’association Biocamer (Biodiversité Cameroun) a réuni justement des journalistes de cette région du Sud-ouest là, mais également ceux du Littoral, du Centre et de l’Ouest qui souffrent du même problème. On aurait bien voulu rassembler les dix régions du pays, mais nous avons commencé un premier pas. Nous espérons pouvoir toucher d’autres régions pour fournir une réponse nationale à ce problème national.
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Sur quoi ont porté les modules de formation et pour quels objectifs ?
La formation de Yaoundé s’est basée essentiellement sur trois modules que nous pouvons résumer en trois objectifs majeurs à savoir : comprendre, apprendre et changer. Le premier module était porté justement sur l’état des lieux de la crise des déchets ménagers. Ici, il fallait justement comprendre cette crise-là. Les professionnels des médias étaient appelés à comprendre cette crise des déchets ménagers, comment elle se manifeste. Ils ont appris la définition et les types de déchets ; les différents acteurs impliqués dans cette crise ; les enjeux environnementaux, sanitaires, économiques ; le cadre réglementaire. Le deuxième module s’est axé sur comment gérer ses déchets ménagers. Ici, les journalistes ont appris eux-mêmes comment gérer efficacement leurs déchets. On ne peut mieux parler des questions que si on les maîtrise, que si on les pratique. Le troisième module qui avait pour objectif justement de changer, portait sur le journalisme de solutions. Ici en fait, nous avons parlé de
ce genre journalistique certes encore embryonnaire en Afrique, qui ne met pas l’accent sur les problèmes, mais davantage sur les solutions.
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Votre cible ce sont les professionnels des médias. Pourquoi ? Sont-ils la solution à cet épineux problème qui persiste et s’aggrave au fil du temps?
Les hommes des médias ont leur partition à jouer. Est-ce qu’ils sont la solution? Ils sont nécessairement une partie de la solution. Parce qu’ils sont ce qu’on appelle le quatrième pouvoir. Ils sont à l’intercession entre les gouvernants et les gouvernés, même s’ils font partie des gouvernés également et donc plus proches du peuple. C’est donc aux journalistes, plus que d’autres acteurs, de jouer ce rôle d’intermédiaire, de porter le message de sensibilisation auprès de la population, de participer à l’éducation environnementale ; de mettre en avant les bonnes pratiques ; de dénoncer naturellement également les mauvaises pratiques, mais beaucoup plus de mettre en avant les solutions. Et lorsqu’ils font ce travail-là, nous pensons que ça permet aux concitoyens d’adopter des comportements sains. Cela permet également aux gouvernants de cibler ces initiatives qui sont mises en avant et de pouvoir avoir un impact précis dans l’accompagnement qu’ils pourraient tailler sur mesure de ces différentes initiatives de jeunes entrepreneurs.
Voilà pourquoi les journalistes sont essentiels à la gestion de la crise des déchets ménagers. Ils doivent traiter davantage ces questions reléguées au second plan dans les journaux. Une enquête indique qu’en Afrique du Sud, seulement 0,3 % des espaces sont consacrés aux questions liées à l’environnement dans les journaux et qu’au Nigeria cela représente moins de 0,1 % des espaces. La situation est quasi similaire au Cameroun, où les journaux ne consacrent vraiment pas d’espace aux questions en lien avec la protection de l’environnement et encore plus la crise des déchets ménagers. Oui, la crise est devenue si grave qu’on a vu à un moment les journaux, par un sursaut d’orgueil ou une révolte, s’y consacrer. Mais la pression est vite retombée.
On est resté muet à nouveau et pourtant le problème persiste toujours et présente un problème environnemental qui a des impacts sérieux…
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… Quels sont justement les impacts de cette crise des déchets ménagers ?

Mathias Mouendé Ngamo, président de l’association Biocamer
Lorsque les déchets ménagers sont posés à l’air libre et surtout enfouis, il y a la pollution des sols, des sous-sols et des eaux et cela peut affecter également les terres agricoles. Le bétail peut aussi être affecté en ingurgitant par exemple du plastique qui s’est retrouvé enfoui dans la terre, au milieu de sa nourriture. Ici, c’est la sécurité alimentaire qui est en danger. Aussi, lorsque les populations procèdent au brûlage de ces déchets ménagers – et c’est presque devenu un sport- cela contribue à la pollution de l’air. A côté des différentes formes de pollution, il y a le lien direct et évident avec le changement climatique.
Il y a par-dessus tout, des problèmes de santé publique qui peuvent se poser, notamment avec des maladies comme le choléra, avec des maladies cancérigènes liées à l’absorption de ces fumées issues du brûlage des ordures, qui en somme est un ensemble de différents déchets. Vous allez découvrir du papier, du verre, mais également des produits pharmaceutiques, des piles, des serviettes hygiéniques, des couches de bébé, etc. Une forme de cancer se développera et on se demandera bien où cette maladie survient. Voilà pourquoi il est donc urgent aux journalistes de connaître en profondeur ces questions-là pour pouvoir mieux informer ou adapter leur style informationnel, pour mieux sensibiliser la population et atteindre l’objectif final d’améliorer le visage de nos villes.
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Vous avez choisi de former les journalistes au journalisme de solutions. En quoi cette approche peut-elle contribuer à transformer la manière dont les médias traitent les questions environnementales et à susciter un changement de comportement chez les citoyens ?
Le journalisme de solutions, pour le dire simplement, apporte une réponse concrète et probante à un problème ou à un besoin. Dit ainsi, le problème ici c’est celui de la crise des déchets ménagers. Que fait le journalisme de solutions? Il ne s’appesantit pas sur le problème sans pourtant l’ignorer, mais il s’appesantit sur les solutions développées autour. En journalisme de solutions, on pose le problème, les causes et les conséquences. On identifie la solution; on présente la solution, comment elle est mise en œuvre. On recherche les preuves que la solution marche, l’impact de cette solution. Qui sont les acteurs de cette solution ? Mais à côté, on cherche également des limites à cette solution-là et puis on montre si cette solution est reproductible.
Le journalisme de solutions, comme le journalisme classique, répond bien aux questions des 5 W et le H, le who, le what, le when, le where, le why, le how. Seulement, il y a une question en plus qui est posée en journalisme de solutions « and so what ? » et puis quoi? Si votre reportage n’est pas utile, si votre reportage ne sert pas à quelque chose, si votre reportage ne donne pas envie, alors vous ne faites pas du journalisme de solutions. On dira même que c’est un journalisme complet puisqu’il pose le problème et il apporte une solution. Pendant longtemps, les journalistes ont dénoncé ce problème des crises et déchets ménagers. Jusqu’ici, rien n’a changé. Peut-être que cette nouvelle approche de montrer qu’il y a des initiatives de recyclage, de transformation, de tris sélectifs qui marchent pourrait changer la donne. Les journalistes sont nécessairement une partie de la solution pour susciter le changement de comportements.
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À l’issue de cette formation, quels changements concrets attendez-vous de la part des journalistes dans leur couverture des enjeux environnementaux, notamment en matière de gestion des déchets ménagers ?
Nous attendons premièrement que les journalistes y consacrent davantage d’espaces et de temps d’antenne aux questions environnementales. Nous souhaitons donc qu’après cette formation, que cette thématique soit bien intégrée dans les contenus éditoriaux. Il est aussi attendu désormais que la couverture des enjeux environnementaux se fasse avec moins de sensationnalisme et plus de professionnalisme. Nous attendons de retrouver des articles originaux bien fournis et à fort impact social. Des articles qui abordent la question sous d’autres angles avec pour but ultime de réveiller la conscience écologique des populations, afin de les amener à œuvrer ensemble pour améliorer le visage de nos villes.
Les journalistes des quatre régions présents au séminaire ont d’ailleurs pris l’engagement d’œuvrer pour un environnement sain à travers un document intitulé La Déclaration de Yaoundé.
Propos recueillis par Tatiana Kuessi












